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Santé et sécurité au travail : un enjeu majeur sur la plateforme de Roissy

Sur la plateforme aéroportuaire de Roissy, l’augmentation constante du trafic aérien sans que les effectifs suivent la même évolution intensifie dangereusement la charge de travail.

Cette situation entraîne une dégradation des conditions de travail, une hausse des risques professionnels, du stress et des atteintes à la santé des salarié·es. Exposition aux pollutions ou encore multi-expositions à des substances dangereuses, travail de nuit, cadences élevées  et matériels non adaptés sont autant de facteurs qui fragilisent la santé des travailleur·euses de la plateforme.

Face à ces enjeux, la prévention des risques professionnels et l’amélioration des conditions de travail doivent devenir une priorité pour l’ensemble des acteurs du secteur aéroportuaire.

 La CGT Roissy a mis en place un collectif santé et conditions de travail, réunissant des militant·es et représentant·es du personnel issus de différents métiers de la plateforme. Ce collectif a pour mission de partager les informations, d’analyser les situations de travail, d’alerter sur les risques et de porter des revendications concrètes afin de protéger la santé et la sécurité de l’ensemble des salarié·es.

En complément, la CGT Roissy revendique la mise en place urgente d’un comité santé et conditions de travail regroupant l’ensemble des acteurs (sous préfecture, médecine du travail, CRAMIF, direction des entreprises et organisations syndicales).

L’objectif :

  • résoudre les problèmes identifiés dans chaque métiers directement exposé aux risques;  
  • imposer de meilleures conditions de travail pour protéger la santé de tous les travailleuses et travailleurs de la plateforme.

Table des matières

Les cancers

Les cancers d’origine professionnelle : une réalité encore trop invisible

Une grande partie des cancers qui touchent les salarié·es trouve son origine dans les conditions de travail et les expositions professionnelles. Sur la plateforme aéroportuaire comme dans de nombreux secteurs, les travailleur·euses sont quotidiennement exposé·es à des facteurs de risque : pollution de l’air, vapeurs d’huiles, solvants, produits industriels ou encore substances classées CMR (cancerogène, mutagène et reprotoxique ). À cela s’ajoutent les horaires de nuit et les cadences de travail élevées, reconnus comme des facteurs aggravants pour la santé. Pourtant, ces cancers restent encore trop souvent invisibilisés ou sous-reconnus comme maladies professionnelles.

A Roissy CDG, l’ensemble des salarié.es sont exposés à des CMR sans même le savoir.

Exposition à la pollution de l’air

Si l’ensemble des salarié.es travaillant sur la plateforme sont exposés à la pollution de l’air. Consultez l’article,  certains métiers sont surexposés.

  • Tous les métiers en contact avec les aéronefs : Agent de piste et Responsable Zone Avion, agent de chargement (bagage et fret), conducteur Pushback (repousseur avion), agent eau potable avion, agent vidange toilettes avion, agent nettoyage cabine, agent catering (avitaillement alimentaire), agent avitailleur carburant, conducteur d’engins de piste, mécanicien et technicien avion et engins de piste, agent de sûreté aéroportuaire, agent de sécurité piste, pompier aéroportuaire (SSLIA),  technicien passerelle télescopique, technicien balisage et équipements piste. personnels navigants…                                                                                                                                                    
Les sources de pollution                            

Les études identifient plusieurs sources majeures de pollution atmosphérique sur les plateformes :

    • Réacteurs d’avion (décollage, roulage, point fixe)

    • APU (groupes auxiliaires des avions)

    • Groupes électrogènes (GPU)

    • Engins de piste diesel

    • Opérations d’avitaillement carburant

    • Usure des freins et pneus

    • Centrales énergétiques de l’aéroport 

    • Circulation routière interne

Les produits liés à la pollution de l’air : 
1. Gaz issus de la combustion des moteurs

Ces polluants proviennent principalement des réacteurs d’avion, des APU (groupes auxiliaires), des groupes électrogènes et des engins diesel de piste.

  • Dioxyde de carbone (CO₂)

  • Monoxyde de carbone (CO)

  • Oxydes d’azote (NOx : NO et NO₂)

  • Oxydes de soufre (SO₂ / SOx)

  • Ozone (O₃) formé secondairement dans l’atmosphère

  • Vapeur d’eau issue de la combustion

  • Ammoniac (NH₃)

  • Oxydes d’azote réactifs

Les moteurs d’avion émettent notamment CO₂, CO, NOx, SO₂ et hydrocarbures non brûlés lors de la combustion du kérosène.

2. Particules fines et ultrafines

Ces particules sont l’un des principaux problèmes sanitaires autour des aéroports.

  • Particules PM10

  • Particules PM2.5

  • Particules ultrafines (PUF / UFP < 0,1 µm)

  • Suies / carbone noir (Black Carbon)

  • Aérosols carbonés

  • Cendres et particules métalliques

Les particules ultrafines émises par les moteurs d’avion sont très nombreuses près des aéroports et pénètrent profondément dans les poumons et le système sanguin.

3. Hydrocarbures et composés organiques

Ils proviennent du kérosène, des carburants diesel, des huiles et solvants utilisés en maintenance.

  • Hydrocarbures imbrûlés (HC)

  • Composés organiques volatils (COV / VOC)

  • Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP / PAH)

  • Benzène

  • Toluène

  • Xylènes

  • Naphtalène

  • Benzo[a]pyrène (cancérogène)

Les PAH et COV sont présents dans les gaz d’échappement des avions et des moteurs diesel et certains sont mutagènes ou cancérogènes

4. Polluants issus de l’abrasion et de l’usure

Les opérations au sol génèrent aussi des particules provenant de l’usure mécanique.

  • Poussières de freins

  • Poussières de pneus

  • Poussières d’asphalte et de piste

  • Particules métalliques (fer, cuivre, zinc)

  • Silice et poussières minérales

Ces particules peuvent être émises par l’abrasion des freins, pneus et surfaces de piste lors des roulages et freinages.

5. Produits chimiques utilisés sur les plateformes

Certaines opérations aéroportuaires génèrent des émissions chimiques spécifiques.

Carburants et dérivés

  • Kérosène Jet A-1

  • Vapeurs de carburant

  • Additifs carburant

Produits industriels

  • Solvants de nettoyage

  • Dégraissants industriels

  • Peintures aéronautiques

  • Vernis et résines

  • Fluides hydrauliques

  • Huiles moteur

Produits opérationnels

  • Produits de dégivrage (glycols)

  • Produits antigivrage

  • Produits de nettoyage cabine et hangars

 

6. Métaux lourds et composés toxiques

Présents en traces dans les émissions et les poussières.

  • Plomb (surtout aviation légère)

  • Nickel

  • Chrome

  • Cadmium

  • Zinc

  • Vanadium

                       

Exposition aux produits chimiques

Tous les métiers en contacts avec des produits dangereux : agent avitailleur carburant, mécanicien et technicien avion piste et hangar, mécanicien et technicien de maintenance engins de piste, peintre aéronautique, technicien composites aéronautiques, chaudronnier aéronautique, soudeur aéronautique, technicien traitement de surface, technicien dégraissage pièces aéronautiques, agent dégivrage avion, agent nettoyage industriel,  agent nettoyage réservoir carburant, agent de sûreté aéroportuaire exposé aux scanners et bagages contaminés, personnels navigants…

1. Solvants industriels et produits de maintenance

Utilisés pour le nettoyage, le dégraissage ou l’entretien des pièces.

Produits utilisés :

  • solvants de dégraissage

  • acétone

  • trichloroéthylène (aujourd’hui interdit car extrêmement cancérogène)

  • perchloroéthylène (utilisation très restreinte)

  • alcool isopropylique

  • méthyléthylcétone (MEK)

Risques :

  • substances toxiques

  • irritantes

  • certaines classées CMR

Métiers exposés :

  • mécaniciens aéronautiques

  • techniciens maintenance

  • peintres aéronautiques

  • techniciens composites

2. Peintures, vernis et résines aéronautiques

Utilisés dans les ateliers et hangars de maintenance.

Produits :

  • peintures polyuréthane

  • vernis industriels

  • résines époxy

  • durcisseurs chimiques

Substances présentes :

  • isocyanates

  • solvants aromatiques

  • pigments métalliques

Risques :

  • cancers professionnels

  • maladies respiratoires

  • allergies cutanées

3. Huiles, lubrifiants et fluides techniques

Utilisés dans les moteurs et les systèmes hydrauliques.

Produits :

  • huiles moteur aéronautiques

  • huiles hydrauliques

  • graisses industrielles

  • fluides de transmission

Substances :

  • hydrocarbures aromatiques

  • additifs chimiques

  • métaux lourds

4. Produits de dégivrage et antigivrage

Utilisés en hiver pour les avions et les pistes.

Produits :

  • glycol (éthylène glycol)

  • propylène glycol

  • additifs anticorrosion

Risques :

  • irritations

  • toxicité environnementale

  • émissions chimiques dans l’air

Métiers exposés :

  • agents dégivrage

  • agents piste

  • conducteurs engins dégivrage

5. Produits de nettoyage industriel

Utilisés pour la cabine, les hangars et les équipements.

Produits :

    • détergents industriels

    • désinfectants

    • désinsectisants
    • ammoniaque

    • chlore

    • solvants nettoyants

Le danger de la poly exposition aux produits chimiques et polluants dans l’air

Sur les plateformes aéroportuaires, les salarié·es sont exposé·es quotidiennement à une grande variété de produits chimiques et de polluants issus des activités aéronautiques : carburants, solvants industriels, huiles et lubrifiants, produits de maintenance, fumées métalliques, ainsi que les gaz et particules issus de la combustion des moteurs d’avion et des engins de piste.

Si tous ces produits ne sont pas individuellement classés  CMR avérés (cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques), leur combinaison et leur accumulation dans l’environnement de travail constituent un risque majeur pour la santé.

Cette poly exposition  (c’est-à-dire l’exposition simultanée ou répétée à plusieurs substances chimiques)  peut entraîner des effets cumulés ou synergiques encore trop mal évalués.

Elle représente aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique et de prévention dans les milieux professionnels fortement industrialisés comme les plateformes aéroportuaires.

Les dangers de la coactivité sur les plateformes aéroportuaires parisiennes

Sur les plateformes aéroportuaires, de nombreux métiers interviennent simultanément autour d’un  avion  : agents de piste, bagagistes, techniciens de maintenance, avitailleurs carburant, agents de nettoyage, catering, conducteurs d’engins ou encore équipes de sûreté…

Cette coactivité, c’est-à-dire la présence simultanée de multiples intervenant·es et équipements, entraîne une multiplication des sources de pollution et d’exposition pour les salarié·es.

Chaque activité génère ses propres émissions : moteurs d’engins de piste, APU des avions, groupes électrogènes, opérations de maintenance, solvants ou produits techniques…

L’accumulation de ces activités dans un espace restreint augmente mécaniquement les niveaux de pollution et renforce les risques d’exposition aux substances chimiques et aux particules nocives.

Cette situation conduit à une superposition des polluants et des risques, aggravant les effets sur la santé des travailleurs et travailleuses et rend la prévention plus complexe.

Enfin, La densification du trafic aérien sur la plateforme de Roissy et la généralisation de la coactivité due au temps d’escale très court exposent un nombre croissant de métiers aux mêmes risques sanitaires. Des élu·es d’entreprises de fret et de bagages nous ont récemment alertés sur la présence de cas de cancers du rein et du poumon parmi les manutentionnaires et bagagistes ainsi que des pathologies similaires à celles observées chez les avitailleurs.

La coactivité se rajoutant à la poly exposition nécessite une réorganisation urgente du travail, la suppression des risques voir la mise en place de protections collectives et/ou individuelles pour garantir la santé des salarié.es à Roissy CDG.

Exposition aux horaires atypiques

En plus de la poly exposition et la coactivité, plusieurs études internationales dont celle de l’INSERM démontre que le travail de nuit augmente le risque de cancer du sein de 26 % chez les femmes avant la ménopause. Le risque est particulièrement élevé chez celles qui ont travaillé plus de deux nuits par semaine pendant plus de 10 ans.

A Roissy c’est principalement le cas pour les Hôtesses de l’air mais également chez les infirmières, techniciennes et agents de sûreté aéroportuaire.

Explication scientifique

Les chercheurs expliquent ce lien par plusieurs mécanismes biologiques et facteurs d’exposition:

  • perturbation du rythme circadien (horloge biologique)

  • diminution de la mélatonine, hormone protectrice contre certaines tumeurs

  • dérèglement hormonal favorisant la prolifération des cellules cancéreuses.

  • Les rayonnements ionisants